Les pros de l'impro à l'assaut du classique

Par Matthieu Chenal - 24 Heures, lundi 18 août 2003

Volker Biesenbender et George Gruntz partageaient la scène de Gstaad jeudi soir. Ils jouent demain à Lausanne au festival d'improvisation. Rencontre.

La citadelle de la Musique classique, qui a résisté pendant des lustres à la tentation de l'improvisation, est en train de se faire assaillir de toutes parts. Du côté de la pratique de la musique ancienne et du côté du jazz. Le pourtant très classique Festival de Gstaad a vécu deux éditions sous le patronage du jazzman George Gruntz et a culminé, jeudi soir, avec une rencontre mêlant le jazz, le classique et la musique ancienne (lire notre édition de samedi). Or, trois des musiciens réunis à Gsteig la semaine passée seront de passage, mardi, à Lausanne pour participer au Festival de musique improvisée (lire notre édition de vendredi). Profitant de cette coïncidence (qui n'en est pas une), nous avons pu recueillir les impressions de George Gruntz et de Volker Biesenbender, fabuleux violoniste à l'aise dans tous les styles.

Ces deux musiciens bâlois se sont rencontrés récemment lors d'une série de concerts que Volker Biesenbender avait organisée en invitant chaque fois un autre partenaire pour un duo improvisé. Inutile de dire que le courant a passé. Paradoxalement, Volker Biesenbender revendique sa non-appartenance à la scène jazz. «Je n'ai aucune idée en jazz. Je ne suis même pas un fan, dans le sens où, je n'écoute pas les disques pour savoir comment Charlie Parker jouait. Je fais tout d'oreille et je viens si la musique est intéressante. Je ne me demande pas si c'est du jazz ou pas.» Mais n'y a-t-il pas un bagage commun indispensable à partager pour pouvoir jouer ensemble, quelques règles de base? La réponse fuse: «On doit d'abord suivre son oreille, et ensuite les règles. Elles sont importantes, mais représentent 10% contre 90% pour l'oreille.»

L'expérience de George Gruntz est différente. Il connaît tout du jazz, mais il a aussi reçu une très solide formation classique au Conservatoire, ayant étudié jadis le clavecin avec Jeanette Fischer. Il a surtout été un des pionniers du mélange des genres avec des musiciens du monde entier. A tel point que l'expérience de Gstaad n'est pour lui pas inédite en soi. Par contre, une telle réunion dans un festival classique est une absolue nouveauté. «La musique classique doit absolument expérimenter l'improvisation, avec tout ce que cela signifie en termes de créativité propre. Si on prend le jazz et l'improvisation au sérieux, alors l'improvisation est tout simplement de la composition spontanée. C'est la plus belle façon de faire la musique!»

Mais les deux musiciens sont conscients des risques liés à ces rencontres opportunistes. Pour Volker Biesenbender, de tels concerts sont a priori dangereux si on ne les fait pas avec intelligence et sensibilité: « On risque la hamburgerisation de la world music.» En évitant les écueils du crossover (un mot tabou pour George Gruntz), pourrait-on déboucher sur un langage nouveau? «Ah, il faudrait pour cela partir en tournée et jouer tous les jours. Chaque fois qu'on a fait des tournées, il y a toujours eu quelque chose de nouveau. Cela demande de l'inspiration. Mais je n'ai jamais joué avec des gens sensibles et intelligents sans avoir été moi-même inspiré par eux.»

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